Le Monde de David
David Trézéguet est le protagoniste ce mois-ci du magazine Hurrà Juventus. Voici donc ces déclarations:
Merci à Ale pour les scann!
David, toi qui te connais bien, tu dis que tu as changé et que tes déceptions t'ont fait devenir adulte. Est ce vrai?
"Sûrement qu'avoir 30 ans a changé ma façon de voir le football et ma vie. Aujourd'hui, je sens que j'ai plus de responsabilités envers les autres. Je sais que je peux être utile à mes copains, spécialement aux jeunes. Je ne suis pas quelqu'un à qui ça plaît de dire aux autres ce qu'ils doivent faire: je pense que si un joueur arrive à la Juve, et qu'il se trouve être un champion, il n'a pas besoin de mes conseils. Mais avec la série B, nous nous sommes retrouvés dans une équipe de jeunes, et l'ambiance est devenue plus humaine. Nous, qui sommes ici depuis tant d'années, faisons tout pour faire évoluer ce groupe."
Sur le terrain on y voit le bénéfice: tu joues un de tes meilleurs championnats. Qu'est ce qu'il y a derrière? De la sérénité ou l'envie de reprendre ce qu'ils vous ont enlevé?
"Les deux. Je me sens bien physiquement, mon mental m'aide beaucoup. Donc je suis serein. Mais en même temps, c'est une année de revanche: lorsque tu joues à la Juventus, tes ambitions sont le scudetto et la Champions. Personne n'est content de ramener chez soi une coupe de série B: si ça te fait plaisir, c'est qu'il y a quelque chose qui ne va pas. Aujourd'hui je veux montrer que j'ai encore une place dans cette équipe et que cette équipe peut à nouveau gagner comme avant."
Tu as été le premier à prononcer le mot scudetto. Etait ce une provocation, une pensée réelle ou un désir?
"Lorsque tu joues à la Juventus, tu ne peux pas te contenter d'une des quatre premières places. C'est également pour des raisons personnelles: je n'ai plus 24 ans, je n'ai pas le temps d'attendre pour gagner à nouveau. Nous sommes une équipe forte et nous pouvons jouer au haut niveau. Malheureusement, nous avons montré que nous avions quelque chose en moins par rapport aux adversaires. Et il faut l'accepter. Mais jamais je ne dirai que je signe pour la seconde place. Mes ambitions ne sont pas redimensionnées."
Même pas celle des tifosi.
"Je le sais et c'est juste. Le moment le plus émouvant de cette année a été le match contre Livourne. L'air qu'on respirait et l'enthousiasme du public avaient un air de finale de Champions. Voici: ce match représentait notre retour en A dans cette coupe. Mais cela ne suffit pas. Lorsqu'à la fin de certains matchs les tifosi se plaignent, je les comprends. Notre réalité est celle-ci, il n'y a pas de série B qui tienne, il n'y a pas de justifications. Parce que nous sommes la Juve: les gens ne veulent pas continuer à penser où nous étions il y a un an. Maintenant nous sommes en A et les tifosi veulent gagner rapidement."
David, concernant tes records, on t'a rejoint. Avec 15 buts à l'allée, maintenant il faut se maintenir...
"Je tiens beaucoup au classement des buteurs, même si je sais qu'il ne sera pas facile de gagner. Zlatan et Adrian sont deux grands champions et ont l'avantage de tirer les pénaltys. Ibra en a marqué 7 sur 14. Une aide qui n'est pas indifférente. En tout cas, j'espère au moins dépasser mon record personnel: 24 buts."
As-tu déjà souffert de la "solitude" sur le terrain? On dit que c'est ce qui arrive à certaines pointes.
"Les joueurs comme moi ne vivent pas le match de la même façon que les autres: nous finissons le travail qu'ils ont fait. Dans ce sens, nous sommes solitaires. Nous vivons notre match. Mais cela ne veut pas dire être loin du jeu, au contraire. Je suis quelqu'un qui dépend beaucoup des autres. Lorsque nous ne réussissons pas à créer le jeu, je suis celui qui souffre le plus."
On reproche aux attaquants un certain égoïsme. Tu te reconnais là-dedans?
"Il y a un peu d'égoïsme dans chaque attaquant. Mais c'est un égoïsme sain. Nous vivons pour le but: si nous pensions toujours aux autres, nous cesserions de marquer. Ceci est la logique du jeu. Le rapport avec les copains, par contre, c'est autre chose. Il y a les rencontres avec les gens de pays différents, chacun à sa mentalité, son histoire et son caractère. Au niveau humain, c'est une expérience merveilleuse."
Ta facilité de marquer des buts dans chaque position est un mystère du football. Peux-tu nous expliquer ton secret?
"Mes premiers pas dans le football, je les ai fais en Argentine, sur la route pour l'école avec les copains. J'ai toujours vécu avec la balle dans les pieds, comme cela arrive à beaucoup de joueurs sud-américains."
Tout est né là bas?
"Non certes. Il y a eu du travail. Parce que j'ai toujours été conscient de mes qualités et de mes limites, ainsi j'ai pu optimiser mes efforts. Je ne suis pas un joueur rapide comme les autres, je ne suis pas de ceux qui font 50 mètres dans une course et qui termine par un but. Je me concentre alors sur de brefs espaces. J'ai cherché à m'améliorer dans la surface, à trouver le ballon à peu de mètres. Cela me plaît de m'entraîner devant les cages, faire des mouvements rapides que je retrouve sur le terrain. Puis j'ai tenté d'utiliser les deux pieds: si tu réussis, ta probabilité de marquer se double. J'ai toujours travaillé dans la surface, en cherchant à tirer en vol, sans stopper le ballon, trouver la bonne position. Je le faisais lorsque je jouais dans la rue et je continue maintenant en tant que professionnel."
Ton papa était footballeur. C'est lui qui t'a enseigné le foot?
"Non, papa a été important pour ma carrière mais il ne m'a jamais mis en tête de jouer au football. Il m'a toujours laissé libre de choisir: il m'a donné quelques conseils mais il ne m'a jamais forcé. A 8-9 ans, le football n'est qu'un divertissement. Il est mon agent. Nous avons un lien très fort."
Il semblerait que tu es très lié à ta famille. La loge à l'Olimpico a conquis le public. On demande des autographes d'abord à ta maman avant toi...
"Ma maman est la plus tifosa. Maintenant qu'elle est dans la loge au stade, tout le monde la voit. Lorsque j'avais 7 ans, elle m'accompagnait déjà au stade. Lorsque l'équipe perd, elle est pire que moi. Lorsque je me fais mal, elle souffre autant que moi. Le football est sa passion: elle continue à aller voir Monaco et lorsque nous sommes en Argentine, Platense, mon équipe préférée."
A propos de famille. Tu es né en France de parents argentins. Tu as grandi à Buenos Aires mais à 17 ans tu es parti pour Monaco. En Nationale, tu portes le maillot français mais tu parles plus souvent espagnol et tes amis sont sud-américains. David, es-tu Argentin ou Français?
"La France m'a adopté. Et comme tous les enfants adoptés, on éprouve pour cette mère une reconnaissance spéciale: c'est un sentiment qui se répète à chaque fois que je porte le maillot. Ce maillot a pour moi une valeur peut être plus grande que pour mes copains. Mais mon coeur est Argentin. J'y ai grandi. J'y ai passé les années les plus importantes de ma vie. Je ne peux pas oublier que mes parents sont Argentins."
Et dans le football, tu es plus Argentin ou Français?
"Je suis les deux. J'ai appris à jouer à Buenos Aires mais ma formation, je l'ai terminée en France. Je suis arrivé avec des qualités et une façon de jouer au ballon sud-américaine. Mais je me suis rendu compte que j'avais beaucoup à améliorer. Les champions européens sont plus physiques, la vitesse est tout autre. J'ai eu une période d'adaptation qui m'a aidé à arriver à la Juventus. Sans la parenthèse française, je ne serais peut être jamais arrivé à Turin."
Tes idoles sont Françaises ou sud-Américaines?
"J'ai grandi avec comme idole Maradona. Mon premier souvenir dans le football est le Mondial de 86. L'Argentine vivait des moments difficiles et la victoire a été fêtée par tout le peuple. La victoire a réussi à faire oublier aux gens leurs problèmes."
Et la coupe?
"C'était l'émotion la plus forte de ma carrière: voir Maradona soulever la Coupe du Monde et de me retrouver 12 ans plus tard à faire la même chose. Je ne peux pas expliquer ce que ça signifie.
Tu l'as également perdu une fois, à Berlin contre l'Italie, sur un pénalty. Tu as déjà regretté de l'avoir tiré?
"Tout le mondial est allé de travers pour moi, pas seulement le pénalty. Je pensais que je jouerai: nous avions fini la saison comme champions d'Italie et j'avais marqué 20 buts. Je pensais avoir une place sûre mais je n'ai joué que contre le Togo. Et j'avais la volonté de jouer, le soir de la finale. C'est pour cela que j'ai accepté d'entrer dans les minutes supplémentaires."
Si tu avais tiré le pénalty contre un autre gardien, ça aurait été plus facile?
"Non, je ne pensais pas à l'idée d'avoir Gigi devant moi: j'ai pris mes responsabilités, et j'ai tiré. Je le devais pour mes copains plus jeunes. Et la plus grande déception n'a pas été pour moi mais pour les 11 joueurs qui avaient toujours joué."
Pourquoi Domenech t'a-t il mis à part de cette manière?
"Par antipathie je crois. Je suis instinctif, intuitif. Avec Domenech, j'ai su dès le début que nous ne serions pas d'accord. Les faits m'ont donné raison: l'an passé, il avait une justification pour me tenir à part. Après tout, je jouais en série B. Mais maintenant non. Je suis en A et meilleur buteur. Pourtant rien n'a changé."
Revenons à la Juventus. Tu es l'étranger qui a marqué le plus de buts dans l'histoire bianconera. Tu as un ratio plus élevé que Platini. Les chiffres disent que tu es un symbole, pourtant tu sembles te défiler de ce rôle. David, te sens tu un symbole?
"Non, je ne m'en sens pas un. Probablement que l'on s'en rend compte plus tard. J'y ai seulement pensé une fois: lorsque j'ai atteint les 100 buts en tant que bianconero et que je me suis apperçu dans le classement où paraissaient les noms de Boniperti, Del Piero, Platini, Bettega, Baggio, Sivori. Lorsque tu es au milieu de personnes de ce type, tu ne peux être que satisfait de toi."
Mais tu n'a jamais pensé que tu ratais des occasions? Faire profil bas signifie moins de renommée.
"Bien sûr que j'en suis concient. Mais ma volonté n'a jamais été de chercher à être visible. Je n'ai jamais senti le besoin d'apparaître ou d'aller à la tv comme le font beaucoup, en Italie ou à l'étranger. Je sais que ce choix parfois a joué contre moi. Mais je vis bien ainsi. Parce que dans ma vie il n'y a rien de construit, pas de stratégie."
Tu veux dire que tout ce qui tourne autour du football ne t'intéresse pas?
"Je veux dire que cela me plaît que les gens parlent de moi pour ce que je fais sur le terrain. Aujourd'hui, il y a le football et tout ce qui tourne autour. Mais je préfère laisser le souvenir de moi d'un footballeur plutôt que celui d'un personnage public. Je suis un sportif, je vis ainsi, c'est cela qui m'interesse. Beaucoup me le reprochent. Même la presse française: les journalistes disent que je ne sais pas me vendre. Mais ça me va ainsi. Cela ne m'intéresse pas: je ne fais pas les choses parce que les autres me disent de le faire. Je me gère à ma manière. Je suis resté celui qui jouait à Platense, en Argentine. Je vais sur le terrain, je joue, je m'amuse puis je retourne dans ma famille. Maintenant j'attends un autre enfant. C'est une très grande joie. Ceci est ma vie, c'est moi."
Merci à Ale pour les scann!
David, toi qui te connais bien, tu dis que tu as changé et que tes déceptions t'ont fait devenir adulte. Est ce vrai?
"Sûrement qu'avoir 30 ans a changé ma façon de voir le football et ma vie. Aujourd'hui, je sens que j'ai plus de responsabilités envers les autres. Je sais que je peux être utile à mes copains, spécialement aux jeunes. Je ne suis pas quelqu'un à qui ça plaît de dire aux autres ce qu'ils doivent faire: je pense que si un joueur arrive à la Juve, et qu'il se trouve être un champion, il n'a pas besoin de mes conseils. Mais avec la série B, nous nous sommes retrouvés dans une équipe de jeunes, et l'ambiance est devenue plus humaine. Nous, qui sommes ici depuis tant d'années, faisons tout pour faire évoluer ce groupe."
Sur le terrain on y voit le bénéfice: tu joues un de tes meilleurs championnats. Qu'est ce qu'il y a derrière? De la sérénité ou l'envie de reprendre ce qu'ils vous ont enlevé?
"Les deux. Je me sens bien physiquement, mon mental m'aide beaucoup. Donc je suis serein. Mais en même temps, c'est une année de revanche: lorsque tu joues à la Juventus, tes ambitions sont le scudetto et la Champions. Personne n'est content de ramener chez soi une coupe de série B: si ça te fait plaisir, c'est qu'il y a quelque chose qui ne va pas. Aujourd'hui je veux montrer que j'ai encore une place dans cette équipe et que cette équipe peut à nouveau gagner comme avant."
Tu as été le premier à prononcer le mot scudetto. Etait ce une provocation, une pensée réelle ou un désir?
"Lorsque tu joues à la Juventus, tu ne peux pas te contenter d'une des quatre premières places. C'est également pour des raisons personnelles: je n'ai plus 24 ans, je n'ai pas le temps d'attendre pour gagner à nouveau. Nous sommes une équipe forte et nous pouvons jouer au haut niveau. Malheureusement, nous avons montré que nous avions quelque chose en moins par rapport aux adversaires. Et il faut l'accepter. Mais jamais je ne dirai que je signe pour la seconde place. Mes ambitions ne sont pas redimensionnées."
Même pas celle des tifosi.
"Je le sais et c'est juste. Le moment le plus émouvant de cette année a été le match contre Livourne. L'air qu'on respirait et l'enthousiasme du public avaient un air de finale de Champions. Voici: ce match représentait notre retour en A dans cette coupe. Mais cela ne suffit pas. Lorsqu'à la fin de certains matchs les tifosi se plaignent, je les comprends. Notre réalité est celle-ci, il n'y a pas de série B qui tienne, il n'y a pas de justifications. Parce que nous sommes la Juve: les gens ne veulent pas continuer à penser où nous étions il y a un an. Maintenant nous sommes en A et les tifosi veulent gagner rapidement."
David, concernant tes records, on t'a rejoint. Avec 15 buts à l'allée, maintenant il faut se maintenir...
"Je tiens beaucoup au classement des buteurs, même si je sais qu'il ne sera pas facile de gagner. Zlatan et Adrian sont deux grands champions et ont l'avantage de tirer les pénaltys. Ibra en a marqué 7 sur 14. Une aide qui n'est pas indifférente. En tout cas, j'espère au moins dépasser mon record personnel: 24 buts."
As-tu déjà souffert de la "solitude" sur le terrain? On dit que c'est ce qui arrive à certaines pointes.
"Les joueurs comme moi ne vivent pas le match de la même façon que les autres: nous finissons le travail qu'ils ont fait. Dans ce sens, nous sommes solitaires. Nous vivons notre match. Mais cela ne veut pas dire être loin du jeu, au contraire. Je suis quelqu'un qui dépend beaucoup des autres. Lorsque nous ne réussissons pas à créer le jeu, je suis celui qui souffre le plus."
On reproche aux attaquants un certain égoïsme. Tu te reconnais là-dedans?
"Il y a un peu d'égoïsme dans chaque attaquant. Mais c'est un égoïsme sain. Nous vivons pour le but: si nous pensions toujours aux autres, nous cesserions de marquer. Ceci est la logique du jeu. Le rapport avec les copains, par contre, c'est autre chose. Il y a les rencontres avec les gens de pays différents, chacun à sa mentalité, son histoire et son caractère. Au niveau humain, c'est une expérience merveilleuse."
Ta facilité de marquer des buts dans chaque position est un mystère du football. Peux-tu nous expliquer ton secret?
"Mes premiers pas dans le football, je les ai fais en Argentine, sur la route pour l'école avec les copains. J'ai toujours vécu avec la balle dans les pieds, comme cela arrive à beaucoup de joueurs sud-américains."
Tout est né là bas?
"Non certes. Il y a eu du travail. Parce que j'ai toujours été conscient de mes qualités et de mes limites, ainsi j'ai pu optimiser mes efforts. Je ne suis pas un joueur rapide comme les autres, je ne suis pas de ceux qui font 50 mètres dans une course et qui termine par un but. Je me concentre alors sur de brefs espaces. J'ai cherché à m'améliorer dans la surface, à trouver le ballon à peu de mètres. Cela me plaît de m'entraîner devant les cages, faire des mouvements rapides que je retrouve sur le terrain. Puis j'ai tenté d'utiliser les deux pieds: si tu réussis, ta probabilité de marquer se double. J'ai toujours travaillé dans la surface, en cherchant à tirer en vol, sans stopper le ballon, trouver la bonne position. Je le faisais lorsque je jouais dans la rue et je continue maintenant en tant que professionnel."
Ton papa était footballeur. C'est lui qui t'a enseigné le foot?
"Non, papa a été important pour ma carrière mais il ne m'a jamais mis en tête de jouer au football. Il m'a toujours laissé libre de choisir: il m'a donné quelques conseils mais il ne m'a jamais forcé. A 8-9 ans, le football n'est qu'un divertissement. Il est mon agent. Nous avons un lien très fort."
Il semblerait que tu es très lié à ta famille. La loge à l'Olimpico a conquis le public. On demande des autographes d'abord à ta maman avant toi...
"Ma maman est la plus tifosa. Maintenant qu'elle est dans la loge au stade, tout le monde la voit. Lorsque j'avais 7 ans, elle m'accompagnait déjà au stade. Lorsque l'équipe perd, elle est pire que moi. Lorsque je me fais mal, elle souffre autant que moi. Le football est sa passion: elle continue à aller voir Monaco et lorsque nous sommes en Argentine, Platense, mon équipe préférée."
A propos de famille. Tu es né en France de parents argentins. Tu as grandi à Buenos Aires mais à 17 ans tu es parti pour Monaco. En Nationale, tu portes le maillot français mais tu parles plus souvent espagnol et tes amis sont sud-américains. David, es-tu Argentin ou Français?
"La France m'a adopté. Et comme tous les enfants adoptés, on éprouve pour cette mère une reconnaissance spéciale: c'est un sentiment qui se répète à chaque fois que je porte le maillot. Ce maillot a pour moi une valeur peut être plus grande que pour mes copains. Mais mon coeur est Argentin. J'y ai grandi. J'y ai passé les années les plus importantes de ma vie. Je ne peux pas oublier que mes parents sont Argentins."
Et dans le football, tu es plus Argentin ou Français?
"Je suis les deux. J'ai appris à jouer à Buenos Aires mais ma formation, je l'ai terminée en France. Je suis arrivé avec des qualités et une façon de jouer au ballon sud-américaine. Mais je me suis rendu compte que j'avais beaucoup à améliorer. Les champions européens sont plus physiques, la vitesse est tout autre. J'ai eu une période d'adaptation qui m'a aidé à arriver à la Juventus. Sans la parenthèse française, je ne serais peut être jamais arrivé à Turin."
Tes idoles sont Françaises ou sud-Américaines?
"J'ai grandi avec comme idole Maradona. Mon premier souvenir dans le football est le Mondial de 86. L'Argentine vivait des moments difficiles et la victoire a été fêtée par tout le peuple. La victoire a réussi à faire oublier aux gens leurs problèmes."
Et la coupe?
"C'était l'émotion la plus forte de ma carrière: voir Maradona soulever la Coupe du Monde et de me retrouver 12 ans plus tard à faire la même chose. Je ne peux pas expliquer ce que ça signifie.
Tu l'as également perdu une fois, à Berlin contre l'Italie, sur un pénalty. Tu as déjà regretté de l'avoir tiré?
"Tout le mondial est allé de travers pour moi, pas seulement le pénalty. Je pensais que je jouerai: nous avions fini la saison comme champions d'Italie et j'avais marqué 20 buts. Je pensais avoir une place sûre mais je n'ai joué que contre le Togo. Et j'avais la volonté de jouer, le soir de la finale. C'est pour cela que j'ai accepté d'entrer dans les minutes supplémentaires."
Si tu avais tiré le pénalty contre un autre gardien, ça aurait été plus facile?
"Non, je ne pensais pas à l'idée d'avoir Gigi devant moi: j'ai pris mes responsabilités, et j'ai tiré. Je le devais pour mes copains plus jeunes. Et la plus grande déception n'a pas été pour moi mais pour les 11 joueurs qui avaient toujours joué."
Pourquoi Domenech t'a-t il mis à part de cette manière?
"Par antipathie je crois. Je suis instinctif, intuitif. Avec Domenech, j'ai su dès le début que nous ne serions pas d'accord. Les faits m'ont donné raison: l'an passé, il avait une justification pour me tenir à part. Après tout, je jouais en série B. Mais maintenant non. Je suis en A et meilleur buteur. Pourtant rien n'a changé."
Revenons à la Juventus. Tu es l'étranger qui a marqué le plus de buts dans l'histoire bianconera. Tu as un ratio plus élevé que Platini. Les chiffres disent que tu es un symbole, pourtant tu sembles te défiler de ce rôle. David, te sens tu un symbole?
"Non, je ne m'en sens pas un. Probablement que l'on s'en rend compte plus tard. J'y ai seulement pensé une fois: lorsque j'ai atteint les 100 buts en tant que bianconero et que je me suis apperçu dans le classement où paraissaient les noms de Boniperti, Del Piero, Platini, Bettega, Baggio, Sivori. Lorsque tu es au milieu de personnes de ce type, tu ne peux être que satisfait de toi."
Mais tu n'a jamais pensé que tu ratais des occasions? Faire profil bas signifie moins de renommée.
"Bien sûr que j'en suis concient. Mais ma volonté n'a jamais été de chercher à être visible. Je n'ai jamais senti le besoin d'apparaître ou d'aller à la tv comme le font beaucoup, en Italie ou à l'étranger. Je sais que ce choix parfois a joué contre moi. Mais je vis bien ainsi. Parce que dans ma vie il n'y a rien de construit, pas de stratégie."
Tu veux dire que tout ce qui tourne autour du football ne t'intéresse pas?
"Je veux dire que cela me plaît que les gens parlent de moi pour ce que je fais sur le terrain. Aujourd'hui, il y a le football et tout ce qui tourne autour. Mais je préfère laisser le souvenir de moi d'un footballeur plutôt que celui d'un personnage public. Je suis un sportif, je vis ainsi, c'est cela qui m'interesse. Beaucoup me le reprochent. Même la presse française: les journalistes disent que je ne sais pas me vendre. Mais ça me va ainsi. Cela ne m'intéresse pas: je ne fais pas les choses parce que les autres me disent de le faire. Je me gère à ma manière. Je suis resté celui qui jouait à Platense, en Argentine. Je vais sur le terrain, je joue, je m'amuse puis je retourne dans ma famille. Maintenant j'attends un autre enfant. C'est une très grande joie. Ceci est ma vie, c'est moi."
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