Cahiers du foot: "Liste fucking"
L'annonce de la pré-liste de trente joueurs pour l'Euro a fait plus de ronds dans l'eau que de vagues. Elle confirme pourtant des choix humains qui déterminent la philosophie de jeu des Bleus...
L'annonce des listes pour les phases finales est toujours un moment particulier. D'abord, le cérémonial marque la césure entre les compétitions de clubs et le début virtuel d'un championnat d'Europe ou du monde. Ensuite, il constitue aussi un rendez-vous traditionnel pour les polémiques auxquelles se prêtent particulièrement les choix du sélectionneur. Et, à défaut, ses non-choix au travers d'une liste élargie peuvent aussi alimenter en grains les moulins à vent.
Le consensus dure
Mais il faut bien reconnaître que depuis Jacquet 1998, ces annonces donnent finalement lieu à bien peu de débats (lire la rétrospective ci-dessous). En dépit de la tendance à estimer, d'une part, qu'une sélection se compose au mérite en comptant les étoiles France Football, d'autre part, qu'une quarantaine de joueurs "méritent", les listes finales se dégagent assez naturellement d'elles-mêmes. Peut-être que les cinquante millions de sélectionneurs ont finalement intégré l'idée qu'il n'en fallait qu'un.
Cette saison, Raymond Domenech a pourtant fait en sorte de remuer les boules dans le saladier plus souvent à son tour, avec sa résurrection des A', ses listes à rallonge et son 29 qui devient 30 en sortant de sa manche. Mais il ne laisse finalement que quelques cheveux à couper en quatre – du moins en attendant la désignation des sept exclus (1). Les absences de Clichy, Sagna, Rothen, Valbuena ou Saha ne sont pas de nature à soulever l'indignation des foules, celle de Trezeguet était acquise et les "arrivées" de Mandanda et Gomis sont bonnes à mobiliser quelques commentaires. Même le jeu des sept exclus à venir ne présente pas un très grand niveau de difficulté – à l'exception d'un éventuel "duel" entre Nasri et Ben Arfa.
L'accueil globalement bienveillant accordé à cette pré-liste confirme qu'avec le parcours du Mondial 2006, Domenech s'est offert une remarquable latitude, à l'image de celle qui avait présidé aux choix de Lemerre en 2000. Et malgré ses efforts pour provoquer le milieu de temps en temps, il est loin d'avoir avec les médias une relation aussi conflictuelle que ce prédécesseur-là.
Schéma unique ?
Des débats, on regrettera qu'il n'y en ait tout de même pas plus autour de David Trezeguet, ne serait-ce qu'en guise d'hommage à ce joueur exceptionnel, enterré depuis longtemps sans autre forme de procès, ni autopsie, sous des tombereaux de lieux communs et de comparaisons biaisées (2). Si Flaubert devait réécrire aujourd'hui son dictionnaire des idées reçues, il ménagerait une entrée à l'attaquant de la Juve. Trezeguet: attaquant de surface; ne convient pas au schéma tactique de l'équipe de France; ne marque plus en équipe de France depuis qu'il n'y joue plus.
La deuxième de ces définitions implique l'idée que l'équipe de France ne jouerait qu'avec un seul schéma tactique, et en particulier une seule configuration en attaque. Drôle d'idée, qui suggère que, quelle que soit l'adversaire, le déroulement du match ou son enjeu, une équipe jouerait de manière invariable, et recourrait aux mêmes solutions offensives...
Elle témoigne en tout cas du fait que Domenech a imposé à l'opinion une sorte d'identité de jeu que souligne ce choix de ne compter que des milieux défensifs sur la diapositive des "milieux de terrain", Malouda, Ribéry, Nasri, Ben Arfa et Govou étant inscrits au registre des "attaquants". La formule est connue: forte assise défensive (une tradition inaltérable depuis plus de dix ans), disposition centrée sur les milieux récupérateurs et jeu dit "de contre" (en tout cas sporadique) appuyé sur la vitesse des quatre de devant. Reste à savoir si ce registre, un peu exclusif sur le papier, ne prive pas l'équipe de la capacité d'adaptation que risquent d'exiger les circonstances.
L'annonce des listes pour les phases finales est toujours un moment particulier. D'abord, le cérémonial marque la césure entre les compétitions de clubs et le début virtuel d'un championnat d'Europe ou du monde. Ensuite, il constitue aussi un rendez-vous traditionnel pour les polémiques auxquelles se prêtent particulièrement les choix du sélectionneur. Et, à défaut, ses non-choix au travers d'une liste élargie peuvent aussi alimenter en grains les moulins à vent.
Le consensus dure
Mais il faut bien reconnaître que depuis Jacquet 1998, ces annonces donnent finalement lieu à bien peu de débats (lire la rétrospective ci-dessous). En dépit de la tendance à estimer, d'une part, qu'une sélection se compose au mérite en comptant les étoiles France Football, d'autre part, qu'une quarantaine de joueurs "méritent", les listes finales se dégagent assez naturellement d'elles-mêmes. Peut-être que les cinquante millions de sélectionneurs ont finalement intégré l'idée qu'il n'en fallait qu'un.
Cette saison, Raymond Domenech a pourtant fait en sorte de remuer les boules dans le saladier plus souvent à son tour, avec sa résurrection des A', ses listes à rallonge et son 29 qui devient 30 en sortant de sa manche. Mais il ne laisse finalement que quelques cheveux à couper en quatre – du moins en attendant la désignation des sept exclus (1). Les absences de Clichy, Sagna, Rothen, Valbuena ou Saha ne sont pas de nature à soulever l'indignation des foules, celle de Trezeguet était acquise et les "arrivées" de Mandanda et Gomis sont bonnes à mobiliser quelques commentaires. Même le jeu des sept exclus à venir ne présente pas un très grand niveau de difficulté – à l'exception d'un éventuel "duel" entre Nasri et Ben Arfa.
L'accueil globalement bienveillant accordé à cette pré-liste confirme qu'avec le parcours du Mondial 2006, Domenech s'est offert une remarquable latitude, à l'image de celle qui avait présidé aux choix de Lemerre en 2000. Et malgré ses efforts pour provoquer le milieu de temps en temps, il est loin d'avoir avec les médias une relation aussi conflictuelle que ce prédécesseur-là.
Schéma unique ?
Des débats, on regrettera qu'il n'y en ait tout de même pas plus autour de David Trezeguet, ne serait-ce qu'en guise d'hommage à ce joueur exceptionnel, enterré depuis longtemps sans autre forme de procès, ni autopsie, sous des tombereaux de lieux communs et de comparaisons biaisées (2). Si Flaubert devait réécrire aujourd'hui son dictionnaire des idées reçues, il ménagerait une entrée à l'attaquant de la Juve. Trezeguet: attaquant de surface; ne convient pas au schéma tactique de l'équipe de France; ne marque plus en équipe de France depuis qu'il n'y joue plus.
La deuxième de ces définitions implique l'idée que l'équipe de France ne jouerait qu'avec un seul schéma tactique, et en particulier une seule configuration en attaque. Drôle d'idée, qui suggère que, quelle que soit l'adversaire, le déroulement du match ou son enjeu, une équipe jouerait de manière invariable, et recourrait aux mêmes solutions offensives...
Elle témoigne en tout cas du fait que Domenech a imposé à l'opinion une sorte d'identité de jeu que souligne ce choix de ne compter que des milieux défensifs sur la diapositive des "milieux de terrain", Malouda, Ribéry, Nasri, Ben Arfa et Govou étant inscrits au registre des "attaquants". La formule est connue: forte assise défensive (une tradition inaltérable depuis plus de dix ans), disposition centrée sur les milieux récupérateurs et jeu dit "de contre" (en tout cas sporadique) appuyé sur la vitesse des quatre de devant. Reste à savoir si ce registre, un peu exclusif sur le papier, ne prive pas l'équipe de la capacité d'adaptation que risquent d'exiger les circonstances.
(source: les cahiers du foot; merci à Nawel)
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