Domenech: "Je ne vais pas me renier"
Raymond Domenech avait crispé son monde en n'admettant pas la notion «d'échec», au lendemain de l'élimination de l'équipe de France au premier tour de l'Euro, et en se réfugiant dans un parfait mutisme au moment de sa reconduction - très discutée - le 3 juillet dernier. Les commentaires que le sélectionneur avait refusés alors, il les formule mardi dans L'Equipe, à une semaine de sa première conférence de presse de la saison, dans un grand entretien qui lui permet d'aborder tous les sujets (sauf sa vie privée) : l'échec de l'Euro, ses causes, sa reconduction sous conditions, l'avenir. Avec cet avertissement adressé à ceux qui ont perçu les changements envisagés par la FFF comme une mise sous surveillance : «Les gens qui pensent qu'un sélectionneur, un entraîneur, et moi en particulier, peut être mis sous tutelle, sont soit stupides, soit totalement privés de lucidité.»
Sur l'Euro 2008, le sélectionneur confirme les grandes lignes de l'analyse de l'échec que nous avions publiée au lendemain de la défaite contre l'Italie (0-2). «J'ai trop pensé que ce qui avait marché en 2006 marcherait en 2008, reconnaît-il. J'ai horreur de refaire les mêmes choses, de répéter les mêmes situations. Mais je n'ai pas apporté ce que je suis, cette idée qu'il faut bousculer, poser des problèmes, créer l'inquiétude, combattre le confort. (...) Maintenant, je sais qu'il faut faire ce que l'on a envie de faire, et contre l'avis de tout le monde s'il le faut.» Il évoque aussi «la préparation, faite dans des conditions très particulières, avec cette p... de finale de Coupe de France, le 24 mai». Il compare la situation avec celle de la Coupe du monde 2002 et donne sa version de la rivalité entre générations qui a tant fait parler.
«Je n'ai pas été moi-même»
Sur son choix d'avoir retenu un Patrick Vieira blessé, Domenech glisse : « Je me souviens en avoir parlé quelques mois plus tôt avec Jean-François Jodar quand il était sélectionneur du Mali. Il me parlait d'un joueur blessé. Je lui avais dit : «Jamais je ne l'emmène !» Et puis moi, je l'ai emmené...» C'est de ça dont il a envie : retrouver ce tranchant qui fait de lui un personnage si contesté. «Imaginer que je vais changer sur le fond serait utopique et malhonnête. Vous croyez que je vais être un gentil garçon qui accepte tout et dit oui à tout le monde ? J'ai des idées, je sais comment fonctionne une équipe, et j'irai au bout. Je me battrai pour ça. Je ne vais pas me renier. C'est mon regret : je n'ai pas été moi-même à l'Euro. Et je ne vais pas recommencer.»