Thuram: "Le sélectionneur est très persuasif"
Lilian Thuram, pouvez-vous nous donner vos impressions après l'escalade de la Grande-Motte ?
Quand on m'a dit ça au début, je me posais des questions, parce que déjà, monter des escaliers ça me fatigue alors monter jusque là-haut... Je dois avouer que ça a été une expérience extraordinaire. C'était très beau. Ce qui est beau, c'est quand vous êtes en haut. Au sommet vous êtes tout petit, mais vous vous sentez très grand, car vous êtes au sommet de quelque chose qui vous paraissait impossible à atteindre deux heures avant. C'est ce sentiment qui est vraiment très fort, et surtout de partager tout cela avec toute l'équipe.
Vous êtes restés un moment là-haut...
Les guides nous ont montré un film où ils étaient sur l'Everest mais on voyait qu'ils étaient restés en haut très peu de temps. On a voulu rester plus longtemps. C'était tellement tellement beau. Dans la descente, j'étais le guide, car j'étais le premier, et je prenais mon temps car c'était magnifique.
Etait-ce utile pour 23 joueurs pour préparer un Mondial ?
Complètement car cela crée des liens. Le fait d'avoir passé la nuit à 3 000 mètres d'altitude, sans vraiment trop dormir... Il y avait une très très bonne ambiance. Ca crée des liens.
Dormir sur des matelas...
C'était la première fois que je campais. C'était vraiment très très bien à part certains qui oubliaient que d'autres voulaient dormir. Sinon, ça a été.
« Coupet est fondamentalement honnête »
Avez-vous été sensible à la symbolique de cet effort en cordée où chacun a besoin de l'autre pour atteindre un objectif impossible ?
Ca a été mis en place pour ça, pour comprendre que pour atteindre l'objectif il faudra le faire tous ensemble. Ca crée des liens, même si je dois dire que dans ma cordée j'avais Fabien Barthez qui se plaignait de son mollet. Je l'ai prié de descendre, comme ça on a pu monter plus rapidement. Ce n'a pas été gentil de ma part... Mais je lui ai dit que l'important c'était la Coupe du Monde et que s'il allait en haut mais qu'il ratait la Coupe du Monde, ça ne servait à rien. Ca m'a arrangé car après nous sommes arrivés dans les premiers.
Vous restez un compétiteur en altitude...
Complètement, qu'on le veuille ou non c'est quelque chose qui est à l'intérieur de nous.
Après la Martinique, l'altitude, vous allez lui trouver du positif à ce coach ?
C'est vraiment une très bonne chose également d'être venu ici en famille. Ca se ressent. Nous sommes assez sereins, et il y a une très très bonne ambiance. Le sélectionneur a un discours très persuasif, très intelligent, à chaque fois qu'il parle, il parle du 9 juillet. C'est important. On doit aspirer à ne penser qu'à ça.
Raymond Domenech nous a dit que Coupet avait craqué mercredi. Est-ce que ça peut avoir des conséquences néfastes pour le groupe ?
Je dirais que si c'était incompréhensible, ça aurait pu être très négatif. Mais je crois que ce qu'il s'est passé, c'est humain. Depuis plus d'un an il y a une compétition très importante entre ces deux gardiens. Jusqu'au denier moment on ne savait pas qui était le numéro 1 et le numéro 2. Naturellement, je crois que c'est difficile d'accepter. Ce qui est bien pour le groupe, c'est que ce soit passé très tôt. Greg aurait peut-être pu garder ça à l'intérieur de lui et ça aurait alors pu nuire. Là, il l'a sorti et on peut passer à autre chose. C'est évident qu'il y avait une souffrance. Dans une interview, il avait dit qu'il comprendrait vraiment sa situation à Tignes. Si ça arrive à Tignes, c'est normal, et c'est bien que ce soit arrivé très tôt.
Les cadres comme vous ou Zidane, connaissez mieux Barthez que Coupet. Vous ne lui en voulez pas à Coupet ?
Non, pas seulement les cadres. C'est le groupe. S'il y avait un problème dans l'équipe, un truc comme cela serait difficilement accepté par l'équipe. Je ne connais pas très bien Greg, mais je crois que Grégory c'est quelqu'un de fondamentalement honnête : il y a des personnes qui peuvent se permettre des choses, on les comprend. C'est compréhensible : si vous avez l'impression qu'il y a quelque chose qui vous empêche de respirer c'est normal d'éclater. Ce matin, on était à l'entraînement, on est passé à autre chose.
« Le groupe vit très bien ensemble »
Cela peut-il rendre le groupe plus fort ?
Le message envoyé, c'est qu'on a le droit de se tromper, mais il faut discuter. Dans un groupe, il y a des moments d'incompréhension : s'il y a une incompréhension, il faut en discuter car chacun de nous est très important pour l'autre. De l'extérieur, on a peut-être l'impression que c'est quelque chose de gros, mais à l'intérieur de l'équipe c'est quelque chose qui s'est vécu tranquillement.
Vous avez parlé à Coupet ?
Non, je lui ai simplement dit qu'il fallait qu'il me donne la clé de sa voiture (rires). Ce qu'il a fait c'est quelque chose de normal. C'est obligé de se passer. C'est un processus qu'on ne pouvait pas éviter. Greg a expulsé quelque chose qu'il ne pouvait pas contenir : ça devient quelque chose de serein. Il y a eu une discussion très claire. On n'a pas fait semblant : on s'est mis devant, il y a eu un problème avec Greg et hop, voilà. Un groupe qui est sain et qui sait se gérer sait passer au dessus de tout ça.
Après cinq jours ici, pensez-vous que l'équipe de France est en meilleure condition qu'en 2002 ?
Pour l'instant on prépare la Coupe du Monde et pas le match contre le Mexique, sinon on ne serait pas allé à 3 000 mètres dormir en enchaînant sur quatre heures de marche. Donc je crois qu'il faut savoir que nous sommes concentrés sur la Coupe du Monde.
Vous pensez déjà à la Suisse ?
On a beaucoup de respect pour cette équipe qui nous a posé pas mal de difficultés. Ca va être un match très difficile évidemment. Le premier match conditionne toujours la suite. On fera tout pour remporter ce match.
Vous avez vécu plusieurs préparations, il y a des signes positifs ?
Pour l'instant vraiment ce que je ressens c'est qu'on vit très bien ensemble. C'est sain, serein. Le groupe a envie de faire quelque chose ensemble. Les joueurs ont envie de s'oublier pour l'autre, j'espère qe ça va continuer, car c'est seulement dans cette voie qu'on pourra aller au bout.
Avant chaque compétitions, les joueurs disent cela...
Ecoutez je dois avouer que généralement la phase la plus importante reste la compétition. Mais pour le moment on vit très bien ensemble. Si ça continue comme aujourd'hui, il n'y a pas de raison qu'on ne puisse pas avoir de résultat.