Coupés du monde
Depuis 36 heures, les Bleus apprivoisent les lieux où ils forgeront jour après jour leur ambition mondiale. « C'est le même contexte qu'à Clairefontaine », résume Eric Abidal dans une analogie que les anciens de 1998 apprécieront. « On est coupés du monde , précise Claude Makelele, pour ne pas dire que ça n'a rien à voir avec 2002 et son hôtel International à Séoul. Ce sont les meilleures conditions possibles pour ce genre de compétition, une aide à la concentration.
A un jet de bus de là, huit kilomètres au total, le groupe aura rendez-vous tous les jours au Weserbergland-Stadion de Hameln, où évolue habituellement le club local . La pelouse, inspectée cette saison par Raymond Domenech et Pierre Mankowski, a été refaite à neuf pour les Bleus. Elle est entourée d'une piste d'athlétisme, comme souvent en Allemagne. Les deux communes sont fières d'accueillir la France. Trois-mille personnes se sont ruées sur le bus baptisé «Liberté Egalité Jules Rimet», jeudi soir. La fanfare municipale a exécuté La Marseillaise. Le soufflé est vite retombé vendredi : les Bleus ont suivi leur premier entraînement pendant le match d'ouverture Allemagne - Costa Rica. Regarder la Coupe du monde à la télé sera le passe-temps de beaucoup. Du moins, à partir de 21 heures. « On est aussi là pour s'imprégner des autres équipes , estime Makelele, même si d'autres - Willy Sagnol ou Eric Abidal - ont fait connaître plus de détachement. En général, on regarde une mi-temps ensemble dans le salon et la seconde dans les chambres. C'est notre métier. Et puis, on a aussi pal mal d'amis qui jouent avec d'autres pays. » « Ça reste un plaisir de regarder les matches de la Coupe du monde », enchérit Vikash Dhorasoo.
« L'ennui fait partie de ma vie »
Avant 15 heures il faudra varier les plaisirs. « Il y a beaucoup de choses proposées », se console le joueur du Paris-SG : DVD, bibliothèque, ping-pong, baby-foot et salle télé ont été aménagés au rez-de-chaussée de l'hôtel en même temps que des salles de soin, de musculation, de kiné, de séance vidéo et restauration. Une vraie performance logistique réalisée en 72 heures. « On touche un peu à tout car on sait que ça va être long». Les joueurs ne le nient pas : l'enfermement dans une bulle peut lasser. « On a parfois besoin de souffrir un peu pour atteindre un objectif , ose Makelele. Je veux bien souffrir dans de telles conditions, surtout si on est récompensés. On appelle les familles, on parle aux enfants, il y a toujours quelque chose pour remonter le moral. » « On ne peut pas tout avoir, ajoute Dhorasoo. Vivre au milieu des gens en pleine ville et gagner la Coupe du monde, c'est impossible .
Sur le sujet, le Parisien dribble Platini et ajoute une ligne pleine de mystère à sa biographie de joueur à part. « L'ennui fait partie de ma vie. J'aime être seul dans ma chambre. D'ailleurs, je n'appelle pas cela de l'ennui .